DIRECTOIRE
Texte de 1976
avec les
modifications
de l'Assemblée d'Alger 1982
ÉDITION 1994
Mon désir pour l'avenir ?
C'est que chacun de nous sache
employer TOUS les moyens que nous offre la
Fraternité. L'heure d'adoration chaque jour, bien que ce soit parfois
difficile, le jour de désert, en mettant
de côté notre travail, le mois de Nazareth, au moins une fois dans sa vie. Je rêve du jour où à chaque
rencontre de Fraternité, il y aura une
révision de vie qui soit ample et consciencieuse, faite avec sincérité
et confiance. Je voudrais qu'on lise ensemble les Paroles de l'Évangile parce que l'Évangile nous conduira aux
pauvres. Nous ne pouvons pas chipoter, choisir seulement ce qui nous plaît. C'est ainsi qu'on court le risque de devenir une
association amicale ou bien un groupe d'illuminés.
Mais en utilisant tous les moyens et en y restant fidèles, nous sommes la Fraternité Sacerdotale de Charles de Foucauld, ressource précieuse pour
l'Église universelle.
Cebu - 1994
Tony PHILPOT
Le mot
fraternité en italique désigne dans le directoire l'ensemble de la Fraternité Sacerdotale et remplace le mot
«Union».
Le mot
engagement en italique désigne la consécration. Les textes cités sont du Frère Charles de Foucauld.
Les modifications de l'Assemblée
d'Alger 1982 et du «Courrier» n°84 de 1980 sont imprimées en italiques.
Ainsi
parle le Seigneur Yahwé à ses ossements :
« Voici que je vais faire entrer en vous l'esprit et vous vivrez »
(Ez
35, 5)
Depuis quelques années, beaucoup d'entre
nous sentaient le besoin d'un
profond renouvellement des statuts de la Fraternité. Ces statuts avaient été élaborés en 1962. Déjà 14
ans! Depuis ce temps le monde
a continué sa route. Il a beaucoup changé et l'Église a
connu le renouvellement du Concile.
Les Fraternités
ont également évolué durant ce temps. Selon les régions, jour après jour, à cause des
événements du monde et des
mutations de l'Église, de nouveaux chemins se sont tracés pour
elles et dans la fidélité de nouveaux appels ont été entendus.
Cette
expérience quotidienne, cette attention à la vie des hommes,
à l'appel de Dieu, au charisme de Frère Charles, nous ont montré que
l'expression des exigences que la Fraternité s'étaient données, n'était plus
adaptée à ce que nous vivons actuellement.
Une telle situation a conduit quelques
fraternités à connaître un certain malaise. Quelques-unes préféraient ne plus
évoquer l'existence des statuts, d'autres ne plus parler de consécration...
C'est pourquoi
les régionaux de la Fraternité réunis en Assemblée
générale, en ce mois d'août 1976, veulent mettre en commun ce qu'il jugent
l'essentiel de ce que vivent aujourd'hui les fraternités répandues dans le
monde.
Depuis septembre 1974, les fraternités ont
été invitées à exprimer leurs réactions à un projet de Directoire proposé par
Peter Hûnermann dans le n°66 du Courrier international.
A partir de
la réflexion et des suggestions recueillies dans toutes les régions, l'Assemblée générale a pu mettre en
lumière les convictions qui
nous animent et les exigences qui nous unissent sur les
chemins si divers où nous marchons aujourd'hui.
Dans la reconnaissance pour cette
rencontre, les membres de l'Assemblée veulent partager la joie de cette bonne
nouvelle à tous les frères de leur région pour qu'elle demeure pour eux lumière
et vie.
Montefiolo, le 23 août 1976
ESPRIT ET BUT
A CAUSE DE
JESUS ET DE L'ÉVANGILE..
Les prêtres viennent à la
fraternité pour différents motifs L'expérience de la communauté, l'ouverture
entre frères, la possibilité d'entrer en dialogue et d'être accepté, de faire
l'expérience de Jésus aimé pour lui-même, la recherche de nouvelles voies dans
l'Église aujourd'hui.
Mais finalement, c'est à cause de Jésus et de l'Évangile
que nous nous
réunissons. Nous le rencontrons, accomplissant dans le monde son oeuvre de salut ; nous le reconnaissons dans l'Eucharistie, au coeur de notre vie et de notre foi. Le
Frère Charles nous a aidés à
redécouvrir cette source de notre vocation chrétienne et sacerdotale : « J'aime Notre Seigneur Jésus-Christ même avec un coeur qui voudrait aimer mieux et plus.
Mais en tout cas je l'aime et je ne peux pas supporter de mener une
autre vie que la sienne ».
Ainsi,
pour nous, l'essentiel de notre vie s'exprime par les mots: « Jésus Amour », «
JESUS-CARITAS ».
l'Évangile,
c'est d'abord la force de libération du Ressuscité qui nous appelle. Nous voulons écouter cette Parole de Dieu dans notre temps, la garder comme Marie, la vivre et
la proclamer. Nous voulons nous encourager mutuellement à quitter tout à
cause de Jésus et de l'Evangile. Frère
Charles a vu sa vocation dans cette vie selon l'Evangile : « Retournons
à l'Évangile sinon Jésus ne vit pas en nous ».
POUR ETRE FRERES DE TOUS LES HOMMES...
La rencontre
avec Jésus dans l'Évangile et dans l'Eucharistie a conduit le Frère Charles à
le rencontrer dans ses frères : « Tout ce que
vous faites à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25). Il a vécu
avec les plus démunis pour partager leur vie, en être solidaire et
travailler avec eux à leur promotion.
On l'a appelé « frère universel ». C'est dans cet esprit
que le Frère Charles a reçu
l'ordination sacerdotale qui le mettait d'une manière nouvelle au service des
hommes.
Prêtres diocésains, nous avons à vivre cette
fraternité en accomplissant auprès des hommes
la mission que nous confie l'Église. Nous sommes responsables de
l'annonce de l'Évangile. Communiant à la vie des hommes, et apprenant d'eux
l'amour de Jésus, nous sommes poussés par l'Evangile à faire naître l'esprit
fraternel.
Dans l'Eucharistie, le
Seigneur vit avec nous et nous invite à être solidaires
des hommes et attentifs aux moins aimés, ce qui est aussi pour nous une forme
de contemplation.
EN NOUS ABANDONNANT AU PERE.
Si nous disons chaque jour avec le Frère Charles :
«Mon Père, je m'abandonne à toi, fais de moi ce qu'il te
plaira...», nous exprimons que nous voulons
consacrer toute notre vie sans réserve à Dieu et aux hommes. Nos fraternités veulent nous aider à apprendre
cet abandon chaque jour sur les chemins précis où nous sommes appelés.
AUX CARREFOURS DU MONDE
ET DE L'ÉGLISE
Les hommes d'aujourd'hui et les peuples
revendiquent le droit d'assumer leur destin ;
ils veulent être responsables. Ils aspirent à un monde de justice et de
fraternité. C'est au milieu de tensions, de déchirements,
de guerres de toutes sortes, c'est à travers leurs combats et leurs luttes qu'ils s'efforcent de
construire un monde qu'ils veulent autre.
Le peuple de Dieu vit ces
ruptures et ces luttes, ces espoirs et ces progrès, à
travers lesquels il découvre la force du Ressuscité appelant les hommes. L'Eglise
elle-même connaît ses propres tensions et ses
ruptures avec d'autres confessions ou Eglises différentes.
De tout cela, les
fraternités sont partie prenante. L'aspiration à la vie évangélique des fraternités et de chacun de leurs membres ne se vit pas dans
un ghetto religieux, mais dans le monde et dans l'Église.
C'est ainsi que s'est
situé le Père de Foucauld dans son réalisme spirituel.
Les frères participent,
dans l'espérance, à la naissance de ce monde nouveau, comme aux douleurs et aux joies de l'enfantement du Royaume
qui vient.. Prêtres diocésains, ils vivent ces situations générales ou locales
dans leurs responsabilités. Ils ont celles
d'accompagner leur peuple dans ses soucis, ses joies, ses luttes de
libération, dans sa recherche d'une espérance.
Dans cette situation, les fraternités sont
appelées à vivre avec ce peuple d'une vie fraternelle et évangélique et à en
avoir souci dans la révision de vie et dans la prière. Cela suppose parfois des
prises de position claires et publiques et peut-être des ruptures indispensables : « Ne soyez pas des sentinelles
endormies, des chiens muets ». La révision de vie renverra chaque frère
à sa foi, à son service et à sa responsabilité par rapport à ce peuple.
1 - Une dimension diocésaine.
La Fraternité
vit « aux carrefours du monde et de l'Église », au sein d'un peuple envoyé, à
la suite de Jésus, pour « annoncer la Bonne
Nouvelle aux pauvres ». La fidélité à cette mission a conduit plusieurs d'entre nous, comme bien d'autres prêtres,
mais aussi des laïcs et des évêques, à connaître des difficultés et des
conflits au sein même de l'Église.
Pourtant, nous
vivons en Église. C'est là que nous partageons l'Évangile, l'Eucharistie, l'amour des pauvres. Nous ne voulons pas nous en séparer C'est en elle que nous avons à
assumer ces conflits, fût-ce parfois dans le seul « silence de nos
prières différentes » (Guy Riobé). Vivre
ainsi la communion ecclésiale, c'est une manière de suivre Jésus en
prenant sa croix. Sur ce chemin difficile, la Fraternité peut être un lieu de
réconciliation en vérité.
Prêtres
diocésains, nous voulons être attachés à nos Églises locales. Notre
appartenance à la Fraternité ne peut que renforcer notre désir de communion et
de collaboration avec nos évêques, les autres prêtres et tout le peuple de
Dieu. Cela implique des relations vraies, des exigences critiques, une amitié
et une solidarité avec tous.
En particulier, nous voulons partager avec tous les prêtres notre
expérience de fraternité, être attentifs à tout ce qui peut promouvoir une
vie plus fraternelle, plus évangélique et solidaire des pauvres, plus ouverte à
l'universel et au partage entre les Églises locales, d'un continent à l'autre.
2 - Une dimension oecuménique.
Nous accueillons comme participants à la
Fraternité des frères appartenant à d'autres Églises ou communautés. Nous
désirons qu'ils se considèrent comme membres de la Fraternité à part entière.
En même temps,
nous reconnaissons les différences qui existent
entre nous, en particulier en ce qui concerne l'Eucharistie. Les problèmes
qui se posent devraient être réglés au plan local, dans un esprit de fraternité et en référence aux lois et aux coutumes des autorités
des Églises concernées.
3 - Lien avec la famille du Frère Charles.
Dès ses débuts et
en bien des régions, la Fraternité a vu le jour et s'est développée au contact des autres branches de la
famille de Frère Charles. Elle se
réjouit de partager avec eux tous le même héritage, d'entretenir avec eux des
liens réguliers, tant au niveau universel
que des divers pays où nous sommes appelés à vivre un même engagement «
à cause de Jésus et de l'Évangile ».
4 - Les frères isolés.
Dans plusieurs
régions, des prêtres de la Fraternité sont trop éloignés les uns des autres
pour pouvoir se rencontrer régulièrement. Ils redécouvrent ainsi, à la suite de
Frère Charles, qu'il est possible de vivre
intensément la fraternité, en partageant la vie d'un peuple et d'une
équipe pastorale, tout en restant en lien avec les membres d'une fraternité,
rencontrés plus longuement lors de retraites, mois de Nazareth ou autres
réunions, ainsi qu'à travers les courriers.
(Alger 1982)
DANS L'ESPRIT
DU FRÈRE CHARLES
« Regardons les Saints, non pour les imiter, eux, mais pour imiter Jésus ».
Toute la vie
de Frère Charles a été une recherche continuelle pour vivre l'absolu de Dieu et la fraternité universelle, dans le contexte
de son époque.
C'est son
témoignage qui est à l'origine des fraternités et qui, pour beaucoup, a été la
source de leur vocation à la fraternité. Ce témoignage fait partie de notre
histoire. Mais le style de vie et les gestes concrets du Frère Charles n'ont
pas à être reproduits pour eux-mêmes. Chaque fraternité redécouvre ces
intuitions selon son propre cheminement, au milieu des hommes, pour notre
temps.
Aimer Dieu et
les hommes demande des gestes concrets. Ainsi Frère Charles :
—
Se veut solidaire des plus
pauvres.
—
II
imite la simplicité de Nazareth et spécialement par une vie de travail.
—
Il renonce aux privilèges.
—
Il
reçoit et accueille tous les hommes dans leur culture, leur nationalité, leur
milieu social, leur race.
— Il
se compromet pour la défense des opprimés et la libération des esclaves.
—
Il étudie le monde des Touaregs et apprend leur
langue.
— Il
connaît certaines ruptures avec son milieu d'origine tout en gardant des liens
d'amitié fidèle.
Le
Frère Charles a vécu le mystère de l'Église dans un monde non-chrétien. Cela
l'a provoqué :
—
A « crier l'Évangile par
toute sa vie ».
—
A
chercher une nouvelle manière d'être l'Église au milieu des plus démunis et de
ceux qui ne sont pas chrétiens.
— A travailler, pendant toute sa vie, à la naissance de
petites fraternités, qui verront le
jour après sa mort.
—
A
garder l'attachement à l'Église et à ses responsables malgré les pesanteurs et
les limites de son temps.
— A
une audace missionnaire pour ouvrir des voies nouvelles à l'Évangile.
Vivre ainsi
découle pour le Frère Charles de son attachement à Jésus et cette fidélité le
pousse à se donner des exigences de prière et de recueillement.
Dans un rythme journalier de vie marqué par la pénitence
— Il médite chaque jour les paroles, les actions, l'Esprit
de Jésus dans l'Écriture Sainte.
—
Il participe à la prière de
l'Église par l'office Divin.
—
Il adore, avec Jésus, le Père dans une prière
eucharistique courageuse et prolongée. Il intercède
avec Lui pour tous les hommes.
— II
célèbre la mémoire de la Passion et de la Résurrection de Jésus dans
l'Eucharistie journalière.
— Il
se réserve également des temps prolongés de solitude jours de désert, prière nocturne, récollections, retraites, et des temps
réguliers de lecture spirituelle et de travail intellectuel.
Après sa conversion, le Frère Charles a été très marqué par l'esprit
des béatitudes.
— Il
a vécu la pauvreté réelle dans toutes les dimensions de sa vie, jusqu'à
l'acceptation d'une mort apparente inutile.
— II
a vécu la chasteté en signe d'un amour sans partage pour Jésus et dans une
proximité fraternelle des hommes.
—
Il a vécu l'obéissance au milieu d'initiatives
nombreuses et variées comme une recherche de la volonté du Père et un partage
du sacrifice du Christ.
—
Il
avait également faim et soif de justice, il voulait être artisan de paix,
jusqu'à accepter d'être persécuté.
NOS CHEMINS
Les chemins de la fraternité ne se
laissent pas définir par des prescriptions juridiques, des exigences, des
statuts, etc... Le charisme du Frère Charles, l'expérience des fraternités ont
permis de découvrir les voies concrètes par où le Seigneur nous conduit. C'est
dans ce sens que les pages suivantes doivent être comprises.
La Fraternité.
La fraternité n'est pas un simple moyen au
service d'un idéal de perfection personnelle, mais un lieu où Dieu nous appelle
concrètement et où prend corps l'aventure évangélique de chacun.
A ce titre, elle est une véritable communauté d'Église.
Elle est une communauté fraternelle, c'est-à-dire un lieu où chacun se sent reconnu, accepté tel qu'il est, avec
tout ce qui fait sa vie, où les différences sont respectées et
accueillies. Elle est le lieu du partage, dans la simplicité, de la vie de
chacun, le lieu où une vraie amitié humaine peut trouver sa place. Cette amitié
pourra se traduire de diverses manières : visites gratuites, lettres,
téléphone, loisirs communs.
Mais vivre en fraternité, c'est
essentiellement s'engager les uns vis-à-vis
des autres : chacun doit se sentir responsable de tous. Si la fraternité
doit être attentive à tout prêtre qui demande à y vivre, cependant il faut être
clair sur cet engagement réciproque et ses exigences
: la fraternité ne peut atteindre son but que si les membres s'y sentent
engagés d'une manière stable.
Elle est une communauté d'Église, c'est-à-dire
un lieu où nous faisons l'expérience de la rencontre de Jésus. Comme les
disciples d'Emmaüs, nous découvrons à travers le partage de nos préoccupations,
le partage de la Parole et de l'Eucharistie, la présence toujours actuelle de
Jésus ressuscité et Sauveur du monde.
Elle est le lieu
où nous faisons ensemble l'apprentissage de la prière et où, à la lumière de
l'Évangile, nous nous interpellons en vérité, avec courage, sans complicité,
pour découvrir les appels du Seigneur. Cette expérience de la diversité nous
ouvre à l'universel. Elle
est le signe de ce que nous voulons vivre avec tous et l'annonce qu'en
Jésus-Christ cela est possible.
Une fraternité regroupe habituellement cinq à six prêtres.
Qu'elle soit un petit groupe qui se réunit chaque mois, une équipe de
travail, des prêtres qui vivent ensemble, des prêtres qui cherchent à se rencontrer, l'important est le « jour
de la fraternité ». Cette rencontre comporte autant que possible :
détente, repas, échanges, révision de vie,
lecture de l'Écriture, prière silencieuse et prolongée et célébration de
l'Eucharistie.
On ne peut vivre cela sans un temps prolongé de rencontre. Il faut le
prendre...
En dehors des fraternités qui se rencontrent
régulièrement, un certain nombre de prêtres se trouvent, pour des raisons
diverses, dans des situations habituelles
d'éloignement. Il faut tout tenter pour que ces prêtres puissent garder
des liens avec une fraternité, pour qu'ils puissent participer à la révision de
vie dans une correspondance régulière, pour qu'ils soient invités aux
rencontres, aux retraites et au mois de Nazareth de la région.
Tous les frères, et plus spécialement les
responsables, doivent avoir le souci de
maintenir avec ses prêtres les liens du courrier, des visites et d'une
aide amicale.
La décision de vivre en fraternité se fait par étapes.
Après un certain temps de vie en fraternité,
il appartient aux membres de cette
fraternité, en tenant compte des conditions de vie de chacun, de demander au prêtre « entrant » de se prononcer sur
son désir d'appartenance à la fraternité, surtout si celui-ci participe
irrégulièrement aux rencontres.
Normalement, le prêtre qui veut manifester son
appartenance, non seulement à une fraternité, mais à la Fraternité toute
entière, participe au mois de Nazareth et fait un engagement explicite. Ce
prêtre est alors considéré comme membre de la Fraternité.
L'animation des fraternités et le souci de chaque
membre, le lien avec les autres fraternités, leur caractère ecclésial
exigent un responsable. Les frères attendent
de lui qu'il prévoie les rencontres (lieu, date, partage des tâches),
qu'il soit attentif à ce que chacun puisse s'exprimer, qu'il tire des
conclusions concrètes, qu'il évoque les engagements, les retraites. Qu'il ait
contact avec les autres fraternités et les autres prêtres, qu'il assure un
contact personnel en dehors des réunions et qu'il prie pour ses frères. Il est
au milieu de ses frères « comme celui qui sert ».
La Révision de Vie.
C'est surtout dans la révision de vie que la
fraternité exerce sa fonction comme règle de
vie. On parle beaucoup de révision de vie, mais cela recouvre des
réalités différentes : échanges divers, partages d'Évangile, révision de vie
apostolique. Pour nous, en fraternité, la révision de vie est un
acte de foi commun, dans lequel nous partageons les événements, les soucis, les
espérances, les déceptions, une lecture en commun de la vie pour y découvrir
les appels du Seigneur.
Une telle révision de vie demande du courage, mais nous en sentons le
besoin.
La révision de vie est
d'abord un regard contemplatif sur l'action de l'Esprit-Saint
dans nos vies. Elle est en même temps le moyen d'une conversion permanente, y
compris dans ce nous avons de meilleur, pour être toujours disponibles aux
appels du Seigneur là où on ne l'attendait pas, là où on ne l'a pas vu ou
entendu jusqu'à maintenant. Elle nous aide à découvrir le Seigneur, toujours
plus-grand, toujours autre et même déroutant pour nous.
Il y a une unité de
démarche entre la révision de vie et les autres moyens de
la Fraternité. Elle se prépare de préférence au désert, toujours dans la prière, et, si possible, par écrit. Il vaut mieux
n'en pas faire que de l'improviser. Elle suppose : atmosphère de prière, écoute de la Parole de Dieu,
attention des uns vis-à-vis des
autres. Il ne faut pas craindre les moments de silence. Il faut avoir le
courage de s'interroger mutuellement avec douceur mais franchise, sans avoir
peur des tensions et des affrontements possibles. La fausse amitié est la mort
de vraies révisions de vie, donc de la fraternité.
Faire révision de vie implique un engagement de
chacun pour la réalisation des appels reçus ensemble. Chacun doit se
sentir responsable et solidaire des autres.
Une révision de vie authentique peut nous introduire dans le mystère de la mort et de la résurrection du Christ
à l'œuvre en nous. Elle nous conduira parfois jusqu'au sacrement de la
réconciliation.
Vers une Prière Contemplative.
Pour qu'une vraie fraternité soit possible, la vie
de chacun de ses membres doit être enracinée dans une attitude
contemplative.
Mais, souvent, nous peinons sur les chemins de la prière.
L'Esprit-Saint lui-même vient au secours de notre faiblesse et nous pousse à persévérer dans la fréquentation du
Seigneur Jésus : « lire et relire sans
cesse le Saint Évangile pour avoir toujours devant l'esprit les actes,
les paroles, les pensées de Jésus, afin de penser, parler, agir comme Jésus ».
L'amour que Dieu nous a manifesté dans le don de son Fils, jusqu'à la mort de la croix, le témoignage de Frère
Charles et l'appel de nos frères et
sœurs nous incitent, jour après jour, à une plus grande fidélité :
—A l'adoration eucharistique régulière et prolongée.
Certains y consacrent une heure chaque jour.
—A une lecture
méditée de l'Écriture.
—A la pratique mensuelle de la journée de « désert » qui se révèle comme un
moyen important de reconnaître l'absolu de Dieu dans notre vie.
Chacun s'efforce de
trouver le rythme de la prière qui lui convient et il reprend en révision de vie, avec sa fraternité, les points précis où
se joue sa fidélité à Dieu et à ses frères.
Engagement.
Depuis le début de la
Fraternité, la vie en fraternité et la révision de vie nous ont
fait découvrir l'absolu de l'amour de Dieu et des hommes. Nous avons été conduits
à exprimer cela dans un engagement, traditionnellement appelé consécration. En
même temps, cette consécration reste un
problème. L'expérience nous a appris qu'il
ne faut pas la considérer comme des voeux religieux, ni comme une
consécration dans un Institut séculier.
En vérité, c'est
Dieu qui nous aime le premier. Nous voulons poser un acte qui reconnaît cet
amour et engager toute notre vie dans
l'action de grâces. Cet amour nous donne la liberté de remettre toute
notre vie actuelle et à venir entre ses mains.
Cette démarche se fait dans la lumière des Béatitudes et pour la
« Vie du monde ». Compte tenu de la diversité des charismes, elle est un acte
d'abandon personnel et définitif à l'amour du Père, le don de sa vie à un
ministère auprès des plus pauvres, un engagement à se donner tout entier à la
libération d'un peuple.
Cette démarche s'exprime en fonction des chemins concrets où Dieu
appelle chaque frère aujourd'hui.
C'est d'abord
apprendre à vivre pauvres dans un monde constamment
tenté par la richesse ; à vivre la dépendance dans un monde que les abus
de pouvoir écrasent et empêchent de se libérer ; à vivre dans un monde où les
mal aimés sont de plus en plus nombreux ; à vivre la fraternité dans un monde
déchiré et une Église divisée.
C'est en même temps apprendre à rejoindre ce que les hommes ont
de meilleur en eux, dans l'utilisation de la richesse au bénéfice de tous ; dans l'esprit de service qui les anime
au coeur de leur responsabilité, dans l'amour qui donne sens à leur vie.
Le rôle de la fraternité
est important dans cette démarche : chacun prend à témoin ses frères de son
engagement et leur demande de le prendre en charge ensemble.
Concrètement, nous nous engageons à vivre en fraternité selon l'esprit
de ce document.
La fraternité
doit aider les frères à faire de cet ENGAGEMENT un acte définitif, en réponse à l'amour de Dieu. Mais un tel acte n'est
souhaitable qu'après un mûrissement personnel, une expérience prolongée du
ministère pastoral et de vie de fraternité. Auparavant, cette réponse à l'amour
de Dieu s'exprimera dans un engagement périodique et renouvelable. Et, enfin,
dans un ENGAGEMENT définitif.
Que l'ENGAGEMENT
soit temporaire ou définitif, c'est dans cet esprit
que chaque année il sera révisé en fraternité pour être renouvelé et actualisé
par chacun.
Le Mois de Nazareth.
Parmi les chemins parcourus par
la Fraternité, l'expérience a démontré l'importance des mois de Nazareth. Il
s'agit d'un temps prolongé (environ 4 semaines) durant lequel des prêtres font
une expérience approfondie de recherche de Dieu et de vie en fraternité, dans l'esprit de Nazareth. Cette recherche
spirituelle est menée à travers la fréquentation assidue de la Parole de
Dieu, l'adoration eucharistique, les
journées de désert... Elle est en même temps une relecture contemplative
de la vie et du ministère des participants, en particulier à travers les
révisions de vie en fraternité. Le mois est un partage de vie fraternelle à
tous les niveaux : prière, réflexion,
travaux manuels, détente, etc... On y approfondit ensemble les grandes
intuitions où s'origine la Fraternité, en confrontation
avec les appels du monde et de l'Église concrète dans lesquels vivent les prêtres. Le mois est souvent vécu par des frères
au moment d'un changement important de ministère ou comme une ultime préparation à leur engagement dans la Fraternité
(consécration). Certains frères éprouvent le besoin de refaire le mois après
des années de vie en fraternité.
Dans le même sens, certains mois se sont ouverts ces dernières années à des
prêtres qui ne sont pas de la Fraternité, à des diacres, des séminaristes, des religieuses et des
laïcs.
Chaque région organise le mois selon ses possibilités et
dans un esprit d'ouverture.
(Alger, 1982)
AVEC UN MINIMUM
DE
STRUCTURES
Le charisme du
Frère Charles est toujours à découvrir. Les perspectives présentées ici ne sont
que les chemins que nous parcourons
actuellement. Elles sont d'ailleurs vécues différemment par les diverses
régions. De là naît pour chaque région la responsabilité d'approfondir cette recherche
et de la communiquer aux autres régions.
Rencontres.
La certitude qu'une
fraternité isolée ne peut exister et que l'échange
est indispensable a conduit la Fraternité à prévoir des rencontres diverses et
à différents niveaux.
L'expérience a montré l'importance
d'un certain nombre de ces rencontres :
–
Les
récollections centrées sur un thème, avec un rythme semestriel (un ou deux
jours).
–
Les
retraites annuelles, nationales ou internationales (une semaine).
–
Les mois de Nazareth, soit au moment de
l'engagement stable dans la fraternité, soit comme renouvellement de cet engagement;
–
Les retraites de solitude.
– L'assemblée générale tous les six ans qui
permet une profonde révision de vie en fraternité.
Toutes ces
rencontres ne servent pas seulement au renouvellement personnel de chacun,
mais elles sont une expérience de vie communautaire, de vie de fraternité.
Elles permettent aux fraternités et aux régions de se renouveler et de
découvrir la dimension universelle de l'Église.
Correspondance.
En plus des rencontres, un des moyens de contact important est le
courrier sous toutes ses formes : individuel, de fraternité, régional,
national et international.
Cette
correspondance permet un partage universel des dons et des expériences de
chacun. Elle suppose la participation de tous à cette mise en commun.
Des travaux plus élaborés sur certains thèmes sont aussi un bien
commun absolument nécessaire à l'approfondissement de la foi des fraternités.
Tous ces
courriers sont spécialement utiles aux frères isolés et lointains.
Les responsables et leurs fonctions.
Le service des fraternités et leur
dimension ecclésiale appellent l'existence
de responsables aux différents niveaux de la Fraternité. L'expérience
montre que le renouvellement des fraternités demande le renouvellement des
responsables.
NIVEAUX DE RESPONSABILITÉ
LE RESPONSABLE DE
LA FRATERNITÉ
LE RESPONSABLE DIOCÉSAIN OU INTERDIOCÉSAIN.
Son rôle est de permettre la rencontre
des fraternités (récollections, retraites,
etc.), d'aider les responsables de fraternité, d'assurer un lien entre eux par des rencontres
régulières. Elle est aussi le lien avec la région.
Il est plus spécialement attentif aux fraternités en formation dans leur cheminement, surtout en favorisant la
participation au mois de Nazareth.
Il a un souci
spécial des fraternités isolées et aussi des fraternités plus anciennes pour les aider à dépasser la routine qui peut les avoir
gagnées, en favorisant le renouveau.
Il se sait concerné par les aspirations et les besoins spirituels du presbyterium
diocésain.
LE RESPONSABLE RÉGIONAL.
Une
région est composée d'un ensemble de fraternités établies sur un territoire
présentant une certaine unité géographique, linguistique.
Le responsable régional ou l'équipe des responsables
régionaux d'un même pays ont comme première tâche de révéler en quoi les besoins des hommes de ce pays sont un appel à approfondir
les valeurs de la Fraternité.
.11
assure cette tâche en liaison avec les responsables diocésains : par
l'organisation des mois de Nazareth, des sessions, des récollections, des
retraites, par le courrier régional et par la présentation de la Fraternité
(brochures).
Dans ses rencontres avec les autres responsables
régionaux et avec
le responsable général, il éprouve l'authenticité de l'évolution de la
Fraternité dans son pays et trouve l'ouverture à la dimension universelle, dans
la complémentarité.
La Région et sa constitution.
Ce paragraphe avait été approuvé par l'ensemble des régionaux et
publié dans le Courrier international n°84, juillet 80.
Pas plus que la
Fraternité elle-même, la Région n'est une structure administrative, mais avant
tout une réalité de vie et de communion au service d'un peuple, d'une Église
et de ses prêtres. Ce qui la constitue,
c'est d'abord un esprit et une vie « à cause de Jésus et de l'Évangile », à la suite de Frère Charles ; une adhésion sérieuse
à la Fraternité et une pratique effective des chemins proposés par le
Directoire, dans une situation historique concrète.
Cela implique un
certain nombre d'éléments et de moyens normalement nécessaires à la vie d'une
Région constituée (ou d'une association de régions) :
1 - Une entité
géographique (continent, pays, région) ou socioculturelle (ethnie, langue,
etc.)
2 - Une certaine
importance numérique : un ensemble de fraternités ou au moins de frères
engagés dans la Fraternité.
3 - Une certaine maturité, laquelle
suppose au moins 5 ans d'existence des
fraternités et un certain nombre de frères ayant leur engagement
4 - Des moyens
de formation et de communication :
- les retraites et les récollections
- le mois de Nazareth
- le Courrier
5 - Un responsable régional,
avec une équipe (responsables diocésains ou interdiocésains, trésorier, etc.).
6 - Des liens
- avec le responsable général
ou un assistant
- avec les
autres régions (rencontres internationales) - avec les autres fraternités de la
famille Charles de Foucauld - avec l'Église locale (épiscopat, presbyterium).
Voici le cheminement proposé en
vue d'aboutir à la « reconnaissance » d'une Région.
Une Région en
formation a besoin d'une aide plus particulière en plus de l'assistance du
Responsable général ; elle est prise en charge par une autre région jusqu'à sa
reconnaissance officielle.
1 - La Région en
formation, au moment opportun, compte tenu des critères mentionnés plus haut,
entreprend une réflexion sur la vie des
fraternités existantes, en particulier sur la façon dont le charisme du Frère Charles est vécu par elles, dans
la situation concrète des hommes, des chrétiens et des prêtres de cette
région.
2 - Les
résultats de cette réflexion sont présentés dans un bref rapport qui sera
adressé au responsable général ainsi qu'à l'ensemble des régionaux.
3 - Sur cette base aura lieu une rencontre du responsable général (ou d'un assistant) avec les représentants de la
Région, rencontre au cours de laquelle pourra se faire la reconnaissance de la
Région ainsi que la
confirmation éventuelle du responsable régional.
(Alger, 1982)
LE RESPONSABLE GÉNÉRAL
La Fraternité, dans le
monde, est vécue de façon différente et elle évolue sous des visgaes divers.
Cette diversité nécessite que le responsable général soit le garant de
l'unité :
—
En rappelant le charisme du Frère Charles.
—
En aidant chaque région à
discerner les appels du Seigneur.
—
En permettant l'échange et le dialogue entre
les différentes régions.
— En ayant un souci
particulier des régions qui naissent, qui sont en difficulté ou
qui sont isolées.
—
En reconnaissant, avec l'aide de son équipe,
une région en formation comme région constituée, il le fera sur la demande de
cette région et en tenant compte de certains critères : existence de plusieurs
fraternités, engagement stable, participation au mois de Nazareth, élection
d'un responsable, courrier.
Les moyens de réaliser cette tâche sont les
rencontres personnelles et d'équipes avec les responsables régionaux, les
rencontres internationales, les visites, le courrier international et
l'assemblée générale.
Après son élection, le
responsable général se choisit une équipe de collaborateurs avec qui il forme une fraternité. Ce qui implique connaissance profonde, travail régulier et révision de vie.
Il désigne parmi
eux un assistant qui le remplace en cas de nécessité.
Pour la
constitution de cette équipe, il consulte l'assemblée générale et soumet son
projet à l'approbation de celle-ci.
DÉSIGNATION DES RESPONSABLES ET DURÉE DE LEUR MANDAT
A cause du caractère propre de la Fraternité,
de son pluralisme et son évolution, la tâche des responsables exige autant de
dynamisme spirituel et créatif que de qualités administratives.
Il va de soi qu'un
responsable doit être engagé dans une fraternité de manière stable et avoir
participé à un mois de Nazareth.
MODE DE DÉSIGNATION :
Toute élection à
l'intérieur de la Fraternité sera préparée par une consultation au
niveau des fraternités.
—Le responsable de
fraternité est élu par les membres de sa fraternité. Cette élection est
confirmée par les responsables diocésains.
—Le responsable
diocésain est élu par les membres des fraternités de son diocèse ou
interdiocèse.. Cette élection est confirmée par le régional après accord de
l'évêque du diocèse, puisque cette responsabilité est un service d'Église.
—Le responsable
régional est élu après consultation des fraternités, des responsables de
fraternités et diocésains. Une liste de candidats
est proposée. Tous les membres des fraternités, engagés de façon
stable, peuvent participer à l'élection. Le responsable général suit le déroulement de cette élection et en confirme le résultat
après approbation de l'évêque du diocèse.
L'expérience
a montré, dans les régions où les frères sont nombreux et ne se connaissent
pas tous entre eux, qu'il faut préférer à une élection directe (par
correspondance) d'un frère inconnu de beaucoup, une élection à deux degrés :
après désignation de candidats par
l'ensemble des frères, les responsables interdiocésains, diocésains ou
de fraternité procèdent au choix du responsable régional au terme d'une
rencontre prolongée de prière, de partage et de réflexion.
(Alger, 1982)
—
Le
responsable général est élu par l'assemblée générale (après
des votes indicatifs) selon la procédure suivante : majorité des 2/3 aux deux premiers tours, majorité absolue
aux tours suivants. Il doit avoir l'accord de son évêque.
DURÉE DES MANDATS :
—Responsable de fraternité : 3 ans.
—Autres responsables : 6 ans.
Les mandats ne sont pas renouvelables, sauf pour les
fraternités, après un intervalle.
L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
L'assemblée générale est composée :
–
des
responsables généraux, régionaux
–
des délégués des régions en formation avec voix
consultative
–
du responsable général et de son équipe
–
des anciens responsables généraux, avec voix consultative.
Elle se réunit statutairement tous les six ans, sur convocation du responsable général.
Elle est présidée par le responsable général, ou, à son défaut, par l'assistant.
Elle se réunit :
–
pour une révision de vie de la Fraternité
–
pour un échange international
–
pour adapter la règle de vie aux
situations nouvelles – pour l'élection du responsable général.
Les
Finances.
L'appartenance à la Fraternité doit aussi se concrétiser par une solidarité financière
pour assurer son fonctionnement habituel. Dans ce but, chaque région doit
désigner un trésorier et déterminer une
cotisation qui sera répartie entre les caisses régionales, nationales et
internationales.
La
caisse internationale est sous la responsabilité du responsable général et
gardée par un trésorier international.